
Un espoir brisé : la perle rare qui s’est ternie
Lorsqu’en 2016, Patrice Talon accède au pouvoir, les Béninois croient avoir trouvé en lui la perle rare capable de sortir le pays de l’ornière. Le Bénin, souvent cité en exemple pour son modèle démocratique, espérait voir en Talon un réformateur, un leader capable de renforcer les acquis démocratiques obtenus depuis la conférence des forces vives de 1990. Mais rapidement, la réalité s’est avérée bien différente. Talon, au lieu de protéger et d’étendre ces acquis, a méthodiquement œuvré pour les affaiblir.
Le démantèlement du modèle démocratique béninois
Le Bénin était considéré comme un phare de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Depuis 1990, le pays s’est illustré par des transitions pacifiques de pouvoir, un multipartisme dynamique, et un respect des libertés fondamentales. Cependant, sous le régime de Patrice Talon, ce modèle a été progressivement démantelé. L’avènement du pouvoir dit de la « Rupture » a marqué le début d’une série de mesures visant à centraliser le pouvoir et à réduire la participation politique des opposants. Le code électoral, modifié en 2018,illustre parfaitement la dérive autoritaire du régime. La nouvelle charte des partis politiques a introduit des exigences administratives rigoureuses pour la création et la reconnaissance des partis. De plus, la Cour constitutionnelle, désormais dirigée par l’avocat personnel et ancien ministre de la justice de Patrice Talon, a pris une décision controversée à seulement trois semaines du dépôt des candidatures pour les législatives de 2019. Cette décision exigeait que les partis politiques obtiennent un « certificat de conformité » délivré par le Ministre de l’Intérieur, qui était lui-même Vice-Président d’un des partis proches du président Talon. Cette exigence a pratiquement empêché les partis d’opposition, qui ne soutenaient pas le président, de participer aux élections.
Élections législatives de 2019 : le début de la dérive
Les élections législatives de 2019 ont marqué un tournant dangereux. Le « certificat de conformité », introduit par Talon, exigeait que tout parti politique prouvât son existence légale par la conformité de ses statuts avec la nouvelle loi. En raison de cette exigence, seuls deux partis proches du pouvoir, le Bloc Républicain (BR) et l’Union Progressiste (UP), ont pu concourir, écartant de facto l’opposition, y compris le Parti du Renouveau Démocratique (PRD) et l’Union Democratique pour un Bénin Nouveau (UDBN). Le parlement issu de ces élections était monocolore, exclusivement composé des partisans du président. La répression qui s’en est suivie, marquée par des tentatives d’arrestations arbitraires telles que celles de l’ancien ministre Komi Koutché, de l’opposant Léonce Houngbadji, et l’exil forcé de personnalités comme Sébastien Ajavon, a montré la détermination de Talon à asseoir son pouvoir, au mépris de la démocratie.
Révision unilatérale de la Constitution : un coup de force législatif
Malgré les échecs de ses premières tentatives, Talon a finalement réussi, grâce à un parlement acquis à sa cause, à réviser la Constitution en novembre 2019. Ce coup de force a permis de modifier la durée du mandat présidentiel, d’introduire le parrainage comme condition de candidature, et d’augmenter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale, renforçant ainsi son pouvoir personnel. L’article 47 de cette révision a même allongé son mandat de 45 jours, en raison de la date des élections reportées. Cette révision, en dépit des protestations de l’opposition et des condamnations internationales, a montré le visage autoritaire d’un président déterminé à neutraliser toute forme d’opposition.
Élections municipales de 2020 : la mainmise sur les collectivités locales
Les élections municipales de 2020 ont confirmé la volonté de Talon de contrôler tous les échelons du pouvoir. Le code électoral, modifié encore une fois, imposait désormais que les partis politiques obtiennent au moins 10 % des voix au niveau national pour avoir des conseillers municipaux. Cette manipulation a permis au pouvoir en place d’exclure les principaux partis d’opposition,Comme si cela ne suffisait pas, lors des élections municipales, le gouvernement, incapable de faire élire certaines personnes comme maires, a contraint le parlement monocolore à adopter une loi permettant aux partis de désigner directement les membres de l’exécutif communal, notamment le maire et ses adjoints.
Présidentielles de 2021 : un parrainage à sens unique
L’introduction du parrainage comme condition de candidature à la présidentielle a permis à Talon de choisir ses adversaires. Pour être candidat, chaque prétendant devait obtenir le parrainage de 16 députés ou maires, tous issus des rangs du pouvoir. Ce système a écarté des figures de l’opposition telles que Reckya Madougou, qui a été emprisonnée sous des accusations douteuses de financement du terrorisme, et Joël Aïvo, un constitutionnaliste également arrêté et condamné pour complot contre l’autorité de l’État. Le scrutin de 2021, marqué par la violence et la répression, a montré un pays divisé, où le président s’accroche au pouvoir par tous les moyens.
Législatives de 2023 : l’opposition en sursis
Les élections législatives de 2023, malgré la participation du parti Les Démocrates, n’ont fait que confirmer la mainmise de Talon sur le processus électoral. Le processus de parrainage a été utilisé pour affaiblir la participation des opposants, et la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) comme la cour constitutionnelle deux organes composés que des representants du regime de Talon , deux institutions totalement dominée par le pouvoir, ayant supervisé un scrutin entaché de fraudes et de manipulations. Les résultats, largement contestés, ont montré un pouvoir déterminé à écraser toute dissidence. Malgré tout, Les Démocrates, ont décidé de participer aux élections dans un dernier espoir de préserver une forme de démocratie, mais leur participation a été marquée par des pressions et des intimidations constantes.
Un avenir incertain pour la démocratie béninoise
Le Bénin, autrefois modèle de démocratie, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Sous Talon, le pays a glissé vers un régime autoritaire, où la démocratie n’est plus qu’une façade. L’avenir s’annonce sombre, à moins qu’un sursaut populaire ou une intervention internationale ne viennent rappeler au président que le Bénin mérite mieux que la dictature.